Le 11 mai, à l’issue du Conseil national de sécurité routière (CNSR) à Paris, le nouveau délégué interministériel à la Sécurité routière, Emmanuel Barbe, nous a accordé une interview.

Il n’élude ni le contrôle technique pour améliorer la sécurité des motards, ni l’obligation de porter un équipement de protection individuelle en plus du casque. Des idées qu’il soumettra à la discussion avec les associations d’usagers.

Regardez l’interview-vidéo ci-dessous, puis lisez notre décryptage :


Interview d'Emmanuel Barbe, nouveau patron de... par Moto-Magazine

Décryptage : ordre de mission
Lors de ce Conseil du 11 mai, le ministre de l’Intérieur a ainsi fixé le cap au nouveau délégué (la Sécurité routière est une direction rattachée à ce ministère) : « le combat contre le terrorisme, la lutte contre la délinquance ou encore les secours apportés aux populations frappées par des catastrophes concentrent le plus souvent l’attention des médias. A mes yeux, la sécurité routière constitue une priorité du même ordre ».

À plusieurs reprises, Bernard Cazeneuve a cité l’objectif d’arriver sous la barre des 2.000 tués en 2020. Or, le résultat de 2014 n’est pas bon : 3.388 décès, +3,7 % par rapport à 2013. « Le nouveau délégué interministériel à la Sécurité routière, Emmanuel Barbe (…), a toute ma confiance, précisait le ministre. Je le connais bien et j’apprécie ses qualités d’analyse, sa rigueur et sa persévérance. Je ne l’ai pas choisi par hasard. Il a un rôle majeur dans la stratégie que j’ai décidée ». Pression maximum sur les épaules d’Emmanuel Barbe…

Le nouveau délégué va donc examiner très vite tout ce qui pourrait permettre d’inverser les statistiques. Il s’attaquera notamment à la catégorie des usagers vulnérables que sont les motards. Ils cristallisent l’attention de la Sécurité routière, représentant environ 20 % des tués chaque année.

Emmanuel Barbe a quelques idées en tête. Deux, plus précisément.

Contrôle technique : équité…
Le leitmotiv d’Emmanuel Barbe, c’est l’équité entre usagers : « Il peut sembler curieux que cette mesure existe pour des engins qui ont quatre roues et une carrosserie, et pas pour ceux qui ont deux roues et pas de carrosserie, constate-t-il. Je n’y suis ni défavorable, ni favorable, je vois que pour l’instant, avec le gilet jaune, on a mis sur le même plan les motards et les automobilistes en disant qu’à un certain moment, face au même problème, la même solution s’impose ».

Le délégué précise qu’avant de prendre une décision, il consultera les usagers et les experts de la sécurité routière. Problème, il y a un an et demi, le contrôle technique moto a été repoussé par l’Europe jusqu’en 2022, sous la pression des associations d’usagers, au motif que la preuve de son efficacité en matière de sécurité routière n’était pas faite.

Il sera donc difficile au délégué de justifier, au titre de la sécurité, une mesure impopulaire qui n’a pas reçu l’adhésion des instances européennes. A moins que ce contrôle ne soit pas identique à l’automobile. On évoque une simple visite technique obligatoire au moment de l’achat d’un véhicule d’occasion, ou une contrepartie à la suppression du bridage à 100 chevaux. Les discussions seront tendues avec les associations d’usagers.

Obligation du port d’équipement
Pour Emmanuel Barbe, porter un équipement de sécurité « relève du bon sens ». C’est le scootériste titulaire du permis A qui parle : il parcourt 12.000 km par an sur un Suzuki 650 Burgman. Et roule avec des équipements de protection. Logique.

Le problème, c’est que ce bon sens n’est pas la norme. En ville notamment, ils sont nombreux à circuler non équipés. Alors, s’il faut passer par une obligation… « Préconiser le bon sens, on ne peut être que d’accord, reprend Emmanuel Barbe. Mais il ne vous a pas échappé que le ministre m’a demandé d’aller plus loin que ces mesures de bon sens. C’est ce à quoi je vais m’atteler dans les prochains mois ».

Fin 2012, le préfet Guyot remettait à la Sécurité routière un rapport sur les équipements de protection individuelle à moto. Il préconisait de décréter, en plus du casque, de rendre obligatoire le port des gants. Le délégué n’est pas insensible à cette idée. Là encore, il la confrontera aux experts et représentants des usagers avant de décider.

Ces perspectives sont loin d’être appliquées, même si le ministre de l’Intérieur souhaite agir vite. Son homme de confiance est visiblement décidé à proposer des solutions qui ne relèvent pas simplement de la prévention et de l’éducation.

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