La phase d’expérimentation de la circulation inter-files (CIF) a débuté le 1er février 2016 dans onze départements français. Nous ne reviendrons pas sur les modalités d’application de cette opération mise en place par la direction de la Sécurité routière au ministère de l’Intérieur. Pour les détails, nous vous renvoyons à la lecture de cet article :

Circulation inter-files des motos : une expérimentation et déjà des doutes

En revanche, il est intéressant de savoir comment va se passer la cohabitation entre automobilistes et motocyclistes. Car l’intérêt principal de cette mesure réside dans un meilleur partage de l’espace routier urbain. Voici donc l’avis des associations représentant les conducteurs de 4-roues.

. L’Automobile Club Association (ACA) estime qu’il s’agit « d’une bonne mesure permettant de tester et d’encadrer une pratique déjà courante supposant pour être efficace une information large, précise et claire de tous les usagers ».

À l’occasion de cette expérimentation qui met en avant la cohabitation entre différents conducteurs, l’ACA rappelle sa campagne de sensibilisation pour protéger les deux-roues, notamment les motocyclistes : « Pensez vélos, pensez motos, pensez rétros ! ». Avec un visuel plutôt sympa, qui sensibilise les automobilistes à la circulation de véhicules à deux roues autour d’eux.

. L’association 40 Millions d’Automobilistes s’intercale dans une logique similaire, estimant qu’il serait utile de « sécuriser » cette pratique déjà courante. « La décision d’expérimenter semble même trop prudente : à quoi bon expérimenter ce qui se pratique chaque jour depuis des années », s’interroge Maître Lesage, avocat au barreau de Paris et membre de la commission juridique de 40 Millions d’Automobilistes, sur autonews.fr.

Ce représentant de 40MA va même plus loin : « On peut s’interroger sur la pertinence de limiter la phase expérimentale aux routes à chaussées séparées par un terre-plein central où la vitesse maximale autorisée est supérieure ou égale à 70 km/h : est ainsi permise sa pratique sur le boulevard périphérique parisien, mais est exclue la circulation urbaine, où la vitesse est limitée à 50 km/h. Pourtant, la circulation inter-files prend son sens dans toutes les situations d’arrêt des files de véhicules, ou de circulation au pas, quelle que soit la voie ».

Un arrêté ministériel officialise l’enseignement de la CIF

Le ministère de l’Intérieur a publié, le 26 janvier, l’arrêté « du 19 janvier 2016 intégrant l’expérimentation de la circulation inter-files dans divers arrêtés relatifs à l’apprentissage de la conduite et de la sécurité routière »

Lire l’arrêté dans son intégralité sur Legifrance.gouv.fr

L’expérimentation va ainsi permettre d’enseigner la CIF dans les écoles de conduite : l’arrêté a pour objet d’« intégrer dans l’apprentissage de la conduite de tous les véhicules la connaissance des règles relatives à cette expérimentation et, s’agissant des deux-roues motorisés, préconiser l’apprentissage de la pratique de la circulation inter-files dans les départements et conditions prévus par ce même décret (…)

Dans les autres départements, seule la connaissance théorique de l’expérimentation et des règles régissant la circulation inter-files sera intégrée à l’enseignement de la conduite de tous les véhicules autorisés à circuler sur la voie publique ».

PDF - 3.8 Mo
À destination des autres usagers
PDF - 83.6 ko
À destination des deux-roues motorisés

Pour les centres de formation « hors zone », deux dépliants ont été édités à destination des professionnels de la formation et des élèves selon le type de véhicule qu’ils conduisent. On n’en est pas encore à un enseignement généralisé. Mais on progresse…

. La Ligue Contre la Violence Routière (LCVR) est opposée à l’inter-files. Elle s’est exprimée en novembre 2013, au moment où le Conseil national de sécurité routière (CNSR) se prononçait en faveur de l’expérimentation.

Lire l’article Le CNSR recommande la circulation inter-files

La crainte de la « toute puissance » des motards
La LCVR votait contre, redoutant « un sentiment de toute puissance des motards ». Selon cette association, la légalisation va « entraîner un transfert de responsabilités face aux assureurs, puisqu’en cas de collision, le deux-roues sera désormais en situation d’usage légal de la chaussée ». Et la LCVR de réclamer : « une voie spécifique pour les deux-roues motorisés (2RM) ». Irréalisable… 

. La préfecture de police de Paris freine aussi à bloc : le commandant Tiran, chef du service de Circulation du périphérique à la préf’, craint lui aussi des comportements « ingérables, en termes de vitesse, de priorité et de contrôle », reporte Lemonde.fr. Ils entraîneront une « multiplication des conflits entre les 2RM et les véhicules particuliers, mais aussi entre les 2RM eux-mêmes », et une pratique plus accidentogène que celle enregistrée actuellement,

Le même Gilles Tiran est connu des motards parisiens pour avoir mené, en mars 2011, plusieurs opérations de verbalisation des motards circulant entre les files, très contestées à l’époque. Son interview sur Motomag.com avait abouti à une réaction officielle de la FFMC et à une manifestation.

. Cette crainte exprimée par l’autorité d’une généralisation d’un sentiment de toute puissance chez les motards est répandue : elle s’exprime aussi chez Alain Rambaud, Monsieur Moto de la préfecture de la Gironde, interviewé par 20minutes.fr :

« Dans un premier temps l’idée n’est pas de légitimer cette pratique, mais d’établir des règles. Et si l’on constate une augmentation de l’accidentologie, le test s’arrêtera net. Les motards ne doivent pas se sentir plus légitimes en raison de cette mesure. Au contraire, ils ont une espèce d’épée de Damoclès au-dessus de la tête… »

Depuis le 1er février 2016, nous n’avons pas noté une augmentation significative de mauvais comportements chez les motards circulant en inter-files en Ile-de-France. Au-delà des a priori, la phase d’expérimentation permettra de déterminer si l’annonce de la légalisation dans ces onze départements aura contribué à une hausse du nombre d’accidents. Car la Sécurité routière aura les moyens de les compter.

Pour l’instant, la proportion de sinistres n’est pas significative : les accidents corporels de motards survenus en situation de CIF ne représentent que 3,18 % du total des accidents entre 2005 et 2011, selon l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière. Soit en moyenne 537 par an, dont 466 en Ile-de-France, sur 16.901 accidents.

Filer à la Marseillaise

Le quotidien La Marseillaise a publié récemment un petit précis du parfait motard circulant entre les files de voitures, l’expérimentation ayant lieu dans le département des Bouches-du-Rhône. C’est plutôt drôle, on vous en conseille donc la lecture…


Venez débattre sur Motomag.com !

Et vous, que pensez-vous de cette légalisation de la circulation inter-files ? Cela va-t-il permettre de mieux s’entendre entre motards et automobilistes ? Une expérimentation de 4 ans était-elle nécessaire alors que cette pratique est devenue courante ? Les automobilistes ont-ils une bonne image des motards ? Venez débattre sur Motomag.com en laissant un commentaire à cet article !

Dans la Boutique Motomag.com

- La FFMC vous défend, soutenez-la en portant ses couleurs !

Publicité
Publicité