Le commissaire-priseur chargé de la vente aux enchères de Voxan, les 5 et 6 mai à Issoire et Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), a vécu deux journées très particulières. Maître Bernard Vassy avait conscience de mettre fin à une aventure industrielle originale. D’ajouter un point final à une certaine conception de la moto française… Interview.
Y a-t-il autant de monde, d’ordinaire, à une vente aux enchères ?
Nous avons compté environ 250 personnes à l’usine, le 5 mai au matin. Non, c’est très rare de voir autant de monde. C’était Voxan… Il y avait une lourde charge émotionnelle. On le remarquait dans les prix, les lots se sont vendus plus cher que d’ordinaire.
Plus cher que leur valeur, vous êtes certains ? Le lot de pièces détachées à 70.000 euros, c’est un bon prix en regard de ce qu’il vaut au détail…
Ce lot était constitué d’un stock de pièces détachées complètement éclaté. La dernière année, Voxan a pompé dans son stock de pièces, sans le renouveler. Le lot 70, on l’avait estimé entre 60 et 100.000 €.
oui, l’etat préfere donner 20 millions d’E a bouchareb par ex pour qu’il fasse des films destiné a trainer la france dans la boue , ç’est bien plus interessant que de soutenir une industrie moto nationale.
Ce lot, c’était un peu la mémoire des pièces de Voxan, certaines étaient dans l’usine depuis des années. L’acquéreur aura des débouchés, mais ça n’a pas excité les foules. La preuve, les dernières motos à sortir de la chaîne d’assemblage étaient des VX10. Or, il n’y avait pas de pièces détachées pour les VX10. C’est pour ça que le lot n°38 de VX10 semi-finies s’est vendu relativement cher. 46.000 € pour des motos inutilisables, là c’est onéreux. Le club l’a acquis afin de l’utiliser en pièces détachées. Le lot n°38 de VX10 semi-finies a constitué le moment le plus intense de la vente.
C’était un public de professionnels ou de particuliers ?
Il y avait des deux. C’est ce mélange qui affolait parfois les prix.
Les spécialistes des ventes aux enchères qui viennent acheter du matériel à bas prix, étaient-ils présents eux aussi ?
Bien sûr, on voit de tout. Des gens font toutes les ventes. Ils espèrent trouver un objet à bas prix à revendre ensuite. D’autres achètent une unité d’assemblage pour s’en servir. Ils étaient cette fois en compagnie de particuliers qui espéraient s’acheter une Voxan au prix de l’occasion.
En préambule de la vente, vous avez lu un message riche en émotion rappelant qu’il s’agissait du terme d’une aventure industrielle extraordinaire. Le faites-vous à chaque fois ?
Non, c’était particulier. Cela faisait deux mois que je m’immergeais dans la vente de Voxan. J’ai rencontré des salariés de l’usine qui ont été très coopératifs. Forcément, on respecte le travail qu’ils effectuaient. Quelque part, on est des fossoyeurs. Je dis que je viens pour un enterrement, je suis l’officiant, mais je veille à ce que cela ne soit pas la curée. Derrière cette vente, il y a des drames humains, une expérience industrielle. On doit se faire petit, rester à son humble niveau. J’ai vu un homme pleurer… L’événement nous dépassait. Dans vingt ans, quand je verrai une Voxan rouler, je me dirai : « Ah, j’y étais. »
Après la vente aux enchères, à qui est versé le montant de la vente, estimé à 565.000 € ?
Le commissaire-priseur a versé les fonds au mandataire liquidateur, qui opère les répartitions à qui de droit, sous le contrôle du juge commissaire du tribunal de commerce de Clermont-Ferrand. Le mandataire a également pour mission de vendre la marque Voxan. C’est une opération très rare. J’en ai vu deux fois en vingt ans. Une marque reste à jamais emblématique.
Nicolas Grumel - 25/05/2010
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