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BD moto : interview d’un jeune auteur prometteur

Le jeune auteur Étienne Pottier signe, avec "Jamais en dessous de 130", une BD moto radicale comme on les aime. Le dessin est d’une grande originalité. L’histoire des frères qui, ensemble, repoussent leurs limites, parlera à tous ceux d’entre nous qui ont connu ça... Pour mieux faire connaissance avec Étienne, voici son interview.

 
 
BD moto : interview d'un jeune auteur prometteur

Qu’est-ce qui t’a inspiré cette histoire ?
Mes deux frangins. Mon grand frère fait des études de mécanicien moto. Je n’ai pas le permis A, mais en roulant derrière eux, je me chie littéralement dessus. Ils ont chacun une 600 XJ-N. C’est une moto basique, mais ça ne les empêche pas de s’éclater. Heureusement qu’ils ne s’achètent pas plus puissant…

Toi aussi, tu as la passion ?
Oui, je m’y suis intéressé avec eux. C’est venu petit à petit et maintenant, c’est un virus. On est allé aux 24 Heures du Mans, on a suivi les stunters dans les zones industrielles. Je comprends ce que mes frères ressentent. J’ai juste conduit la 125 de mon père pour l’instant, mais j ’y viendrai, à la moto, un jour ou l’autre.

Tu n’es pas trop décalé par rapport à ce milieu ? Tu as fait les Arts Déco, tu n’as pas peur d’être pris pour l’intello de service ?
J’aime les milieux alternatifs. Les 24 Heures du Mans, avec les rupteurs, les cadavres partout, la première fois j’avais l’impression d’être à la Seconde Guerre mondiale. C’est de l’adrénaline.

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Cette approche de la bd et de la moto paraît très interessante, bravo pour les (bonnes) idées qui se dégagent de ce projet et le talent de son créateur. Cette bd est sortie ? on la trouve un peu partout ? ou par correspondance ? (...)

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Akira, le célèbre manga de Katsuhiro Ōtomo, a bercé la prime jeunesse d’Étienne. Une référence.

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C’est une source d’inspiration pour l’illustrateur que tu es ?
Oui, j’ai plein d’images scotchées dans la tête. Je me souviens des campings déserts et ravagés après la course… À chaque fois je pense à Mad Max.

Ton dessin est assez noir. Peut-il évoluer vers un univers moins sombre ?
À choisir, je préfère le réalisme de Zola à un roman à l’eau de rose. J’adore le noir et blanc, c’est mon style. Quand j’utilise la couleur, c’est pour une raison précise. Par exemple, il fallait qu’on reconnaisse la moto de mon frère, qui est verte.

Combien de temps pour réaliser cette BD ?
Un an, dont huit mois de travail sur les images. J’utilise un procédé de gravure appelé monotype. On dessine sur une plaque en métal avec de la peinture à l’huile. On la pose sur une presse, on met une feuille de papier par-dessus et on imprime. Il y a toujours des effets de matière qu’on n’attendait pas. J’utilise un outil très noble pour parler de moto, j’aime bien le décalage.

Un tel sujet est-il bien perçu aux Arts Déco ?
Je me souviens de la tête de mes professeurs quand j’ai envisagé la BD, au début de l’année. Et en plus sur la moto… Une prof’ m’a demandé si ce n’était pas un peu réducteur ! Ils étaient largués, mais ils m’ont laissé une grande liberté. Et deux de mes enseignants m’ont beaucoup aidé.

Le titre et le contenu de l’histoire sont résolument provocateurs dans l’environnement sécuritaire actuel. C’est un message ?
On est des êtres humains, il y a un côté pas lisse dans nos personnalités. Nous avons tous nos paradoxes. Toujours respecter des lois, cela devient ambigu, c’est fascisant.

Tu ne te sens pas à l’aise dans le politiquement correct ambiant ?
Il existe une dérive sécuritaire. En même temps, la Sécurité routière contribue à réduire le nombre de morts sur la route… Aux 24H du Mans, certaines années, il y a eu des morts chez les spectateurs. Et mes potes me racontent qu’ils regrettent cette époque ! On perd d’un côté, on gagne de l’autre. Mais on a besoin de faire les cons, même si le Prince Noir et Ghost Rider sont complètement tarés. Il y a un juste milieu à trouver, mais il faut laisser à la jeunesse des soupapes pour péter les plombs.

Tu situes ton récit dans une pratique urbaine de la moto. Urbaine, et dangereuse. Mais la balade, tu aimes bien ?
Bien sûr. Quand je suis derrière mon frère qui roule à 140 entre les voitures, je ne prends pas de plaisir, je lui tape dans le dos pour lui dire d’arrêter. La moto c’est aussi la balade. Et l’état d’esprit. Il existe vraiment une entraide entre motards, nous l’avons vérifié.

Même chez la jeune génération ? On dit pourtant que la solidarité se perd.
Peut-être mais quand on salue un motard, le motard répond les trois quarts du temps. J’aime les détails. Quand un mec me salue du pied pour me dire merci, je me dis que je voudrais être motard. Ce sont les seuls à avoir une sorte de politesse sur la route.

La mécanique inspire les artistes. Qui t’a inspiré, toi ?
Une de mes profs m’a parlé du livre « La Motocyclette » (de André-Pieyre de Mandiargues). Je l’ai lu, j’ai bien aimé. Mais en littérature, je ne connais pas tant d’ouvrages que ça sur la moto. Au cinéma, le premier « Mad Max » est culte. J’ai découvert les vieilles motos avec des grosses bulles, les Kawa et autres… L’esthétique est magnifique.

Et la BD estampillée moto ?
Je ne sais pas faire de la BD classique. Je ne saurais pas dessiner des gags. J’ai beaucoup de respect pour Joe Bar Team, mais la BD indépendante apporte plus de liberté. On sort des formats classiques de l’école belge, dans le graphisme comme dans le scénario des histoires. Je fais ce que je sais faire. Je suis issu des Arts Déco. Akira est excellent, ça me parle plus. Les héros sont des junkies qui s’éclatent sur l’autoroute. Akira a bercé ma jeunesse.

Tu as des projets ?
J’avais imaginé un scénar’ de bandes rivales qui s’affrontent sur le périphérique. Mais je ne suis pas certain d’avoir envie de m’enfermer dans un genre. Une BD suivra, mais je réfléchis à l’intrigue. En ce moment je vis un peu de la photo. J’ai envie de continuer à mélanger photos et dessins.

Nicolas Grumel - 30/07/2010

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