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Très vite, la route entre Keflavik et Grindavik devient tortueuse et franchit une coulée de lave. Le soleil s’est levé et la moto, même chargée, virevolte de virage en virage. Un vrai bonheur !

Bientôt, c’est la pause repas : et un poisson-frites, un ! Je me suis arrêté dans une station-service. Dépôt de carburant, fast-food, mais aussi supermarché, ce sont de véritables lieux de vie. En revanche, les Islandais sont peu enclins à discuter, et le contact avec ce peuple descendant des Vikings reste difficile.
Le coût de la vie, autrefois exorbitant, reste plus élevé qu’en France, mais à peine. L’essence est même moins chère : elle s’échange à 193 isk le litre, soit 1,22 €. La crise financière de l’an passé a plongé le pays au bord diu dépôt de bilan, contraignant les prix à revenir « à la normale » pour relancer la consommation.

« F » comme fortiche
Au moment de reprendre la route, un motard islandais à roadster vient à ma rencontre et inspecte ma moto. Il m’explique que le climat très difficile sous ces latitudes restreint les périodes d’utilisation des deux-roues à 2-3 mois par an.
Il me conseille de prendre la piste F225 pour continuer mon chemin. Et sur la route, l’Islandais se montre plus affable : les rares motards croisés sur les pistes se sont toujours arrêtés pour s’assurer que tout allait bien pour moi et, au besoin, m’orienter.

Les pistes « F » sont réservées aux 4x4 et autres véhicules tout-terrain ; elles permettent de s’enfoncer à l’intérieur des terres et, ainsi, de découvrir des territoires totalement inhabités et sauvages. En revanche, elles mettent le matériel à rude épreuve.
La F225, qui s’étire sur 35 km, m’amène dans la région du Landmannalaugar. C’est une succession de passages techniques rocailleux et de portions rapides sablonneuses. Les paysages volcaniques sont vraiment lunaires, et leurs tons minéraux sont indescriptibles : du pastel des prairies au jaune acide des solfatares, en passant par les différents verts des mousses et lichens, c’est une flore islandaise profitant des rares rayons de soleil qui s’exprime ici, pour mon plus grand plaisir.

Passages à niveau... d’eau
Avant l’arrivée au camp, deux passages à gué sont à franchir. Je me retrouve derrière un 4x4 pour le premier cours d’eau. Je fais confiance à l’expérience du conducteur et suis ses trajectoires. À mon tour de me lancer à l’eau... Il y a au moins 40 cm de profondeur, et la force du courant m’oblige à poser mes pieds pour garder l’équilibre.
Seconde rivière. Mon prédécesseur la remonte sur quelques mètres avant d’atteindre un point haut. Remonter le courant fait forcer mon petit 650 cm3 et m’oblige à m’arrêter pour franchir chaque obstacle. Je finis par arriver à la rampe de sortie de la rivière avec une vitesse quasi nulle.
Malheureusement cette sortie, qui ne pose aucun problème à ses quatre roues motrices, me donne du fil à retordre. Malgré mon aide, ma moto lourdement chargée à l’arrière ne trouve pas l’adhérence sur les graviers. Et se pose sur le sabot moteur. Sans mot dire, un Islandais qui a vu la scène descend de son véhicule. Il attrape d’une main ferme ma roue, je donne coup de gaz au bon moment… et me voilà sorti de ce mauvais pas !
Je retiens la leçon ; le lendemain, avant de partir, une étude préalable du cours de la rivière me permettra de vaincre ces difficultés sans aucun souci.

À moto, les passages à gué recèlent de nombreux pièges, et mes erreurs de jeunesse m’ont permis d’aboutir à quelques conclusions. Avant de s’élancer, il est indispensable d’étudier le lit de la rivière en n’hésitant pas à se mouiller... les pieds ! Bannissez ainsi les rochers qui risquent de rouler sous vos roues et les endroits où l’eau stagne, car les pierres recouvertes d’algues sont très glissantes. Et, bien sûr, fuyez les eaux profondes comme les forts courants.
Une dernière astuce m’a été donnée par Philippe, motard averti rencontré sur le bateau : pour la traversée du lit de la rivière, il convient d’entrer lentement pour éviter de créer une vague devant le véhicule, puis d’accélérer progressivement. Les Islandais sont habitués aux conditions de roulage extrême et m’ont toujours aidé sans économiser leur énergie pour sortir ma moto d’une situation délicate. N’oubliez pas que même les gros 4x4 locaux font parfois demi-tour face au tumulte des eaux.

Soleil de minuit
Après toutes ces émotions, je vais me détendre en randonnant sur l’un des nombreux sentiers balisés qui sillonnent les pentes du volcan Landmannalaugar. En été, sous ces latitudes, il ne fait nuit que 3 à 4 heures, et je profite des rayons rasants du soleil de minuit, qui intensifient encore plus les couleurs.

À mon retour au camp, je plonge comme bon nombre de campeurs dans les sources naturelles d’eau chaude. Ici, les neiges éternelles côtoient les fumerolles, et je jouis de ce spectacle dans une eau à 38°C. Le spectacle est somptueux !

Aussi surprenant que cela puisse paraitre, au cours de ces 15 jours et 4000 km parcourus sur l’île, je n’ai croisé qu’une petite dizaine de motos.
Pourtant sur le bateau, nous étions au moins une cinquantaine de motards.
Du novice en Yamaha WR 125 au très expérimenté en KTM 950 Adventure, sans oublier un petit groupe d’Allemands en Oural, tous les types de motos étaient représentés. Le pays est vaste et les milliers de kilomètres de pistes rendent les rencontres peu probables.
Nous avions malgré tout un point commun : personne n’avait oublié son équipement grand froid. Au mieux, j’ai roulé sous un petit 17°C au soleil, mais le plus souvent, c’était par des 8°C accompagnés de vents violents et d’averses...

Par ses nombreuses itinéraires de randonnées et ses phénomènes géologiques (glaciers, geysers, chutes d’eau), l’Islande reste une destination prisée par les amoureux de la nature et de grands espaces. Pour les moins intrépides, ce pays offre un important patrimoine culturel et de nombreux musées qui permettent de se familiariser avec les conditions de vie dans l’île. Et puis la route n°1, appelée aussi « ring road », parfaitement asphaltée, ravit les possesseurs de GT et permet de découvrir les joyaux que renferme l’Islande sans aucune difficulté.

Julien Dressaire

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