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Vidéosurveillance, la dérive d’un système

mardi 24 janvier 2006

En matière de sécurité routière, le gouvernement britannique a récemment fait le constat de la limite de sa politique répressive. Malgré les 6000 radars automatiques installés sur le bord des routes, la mortalité a cessé de baisser.
Pourtant, nos voisins d’outre-Manche prévoient une généralisation de la vidéosurveillance.
Un système déjà répandu dans les grandes agglomérations, Londres en tête.

Les caméras en question permettent la reconnaissance automatique des plaques d’immatriculation. Un système baptisé ANPR (Automatic Number Plaque Recognition) et qui devrait être étendu à l’ensemble du territoire.

Le nombre de ces « caméras espionnes » devrait s’élever à 2,7 millions, c’est ce que nous apprend Le Monde du 27 décembre 2005.
Les trajets des automobilistes britanniques vont être filmés 7 jours sur 7 et 24h sur 24, dès 2006.

« Grâce à un réseau de caméras capables de lire automatiquement les plaques minéralogiques de tous les véhicules qui passent à leur portée, on projette de créer une énorme banque de données des déplacements motorisés, de manière à ce que la police et les services de sécurité soient en mesure d’analyser n’importe quel trajet effectué par un conducteur, cela sur plusieurs années », écrivait The Independant le 22 décembre.

35 millions de plaques par jour devraient être immortalisées à partir de mars. À terme, le gouvernement veut arriver à en « choper » 100 millions. Ce qui signifie bien sûr que chaque usager de la route sera filmé plusieurs fois par jour !

Rappelons que chez nous, la vidéosurveillance fait depuis quelques années de plus en plus partie du paysage urbain (Paris, Orléans, …), mais pas avec un tel degré de « perfection ».

Une mesure qui fait froid dans le dos en matière de vie privée et de liberté individuelle

La captation d’informations via ces caméras ne servira pas uniquement à traquer les délinquants routiers. Elles auront une utilisation plus large, comme la lutte contre le terrorisme ou les trafics de toutes sortes. Le but est, dans ces cas-là, de déceler le moindre mouvement suspect.

De nos jours, on se déplace principalement à bord de véhicules individuels. Bien des méfaits se pratiquent donc aussi à l’aide de ces véhicules. Certes. Mais comment ne pas penser (ne serait-ce que fugitivement) que l’on se trouve en présence d’un moyen favorisant avant tout la répression ?

À ce propos, les déclarations de Franck Whiteley, chef de la police du Hertfordshire, paraissent sans équivoque. Selon lui, l’ANPR constitue « une étape principale pour débarrasser les routes de ses criminels ». « La police intègre désormais la technologie ANPR dans son travail quotidien comme un outil principal », a-t-il déclaré à la BBC.
Gary Grant, un autre policier, confirme les propos de son collègue : « Cette technologie nous permet notamment d’identifier les récidivistes. » « La beauté de cette technologie est qu’elle identifie uniquement les véhicules qui sont suspectés d’un délit ou d’un crime », a-t-il ajouté.

Dans ce cas-là, soit les caméras sont dotés d’une intelligence artificielle très perfectionnée, soit c’est aussi un moyen de lutter contre le chômage : une caméra, une personne et autant de chômeurs en moins ! Sinon, c’est qu’outre-Manche aussi on aime user de l’effet d’annonce.

Quant à la lutte contre le terrorisme, si l’ANPR a permis de retracer le parcours des « kamikazes » du 7 juillet 2005, elle n’a en revanche pas permis d’empêcher les attentats. De quoi rester dubitatif en ce qui concerne l’aspect préventif de ce système.

Dérive commerciale

Autre application inquiétante de cette formidable technologie : une (très) probable utilisation commerciale de celle-ci.
Il suffit de lire les arguments que développe sur son site Westminster International, une société de sécurité, pour en être convaincu : « Une fois la plaque d’immatriculation capturée, les utilisations qui peuvent en être faites sont illimitées. » Plus loin : « La connaissance du "profil" des consommateurs et de leurs habitudes à des fins marketing ne connaît pas de limite. » Tout est dit.

Gilles de Robien, ministre des Transports de l’époque, s’était inspiré du « modèle » britannique pour l’installation des radars automatiques en France. Espérons que Dominique Perben, ou son successeur, ne trouve pas merveilleux cette technologie et son emploi généralisé.
Si c’était le cas, nous nous retrouverions tous des stars du petit écran, bon gré, mal gré…

G.A.

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